8 mars, 2012

Le finiêtre ou Le condamné à mort

Le novlangue, concept amené par Georges Orwell dans 1984, est un appauvrissement du vocabulaire, créé pour empêcher le peuple de concevoir une quelconque révolte. Le livre que Dorothée Arnaud et moi-même proposons est une sorte de manuel d’éducation au novlangue. Un manuel tyrannique. On doit le lire avec des écouteurs, car au départ, quelques mots manquent, ce sera la voix qui remplira ces blancs, nous obligeant à lire à son rythme. Des pictogrammes de ces mots à l’encre réactive apparaissent sur la page au fur et à mesure.

Cette édition est une traduction du poème « le condamné à mort » de Jean Genêt vers le novlangue. Genêt a écrit ce poème en prison, pour son amant, et est donc truffé de mots et de concepts tout à fait interdits. Le poème, traduit en novlangue, désirant taire toutes ces « crimepensées » devient pauvre, absurde, n’a plus de chair (par exemple «vent, ouragan, tempête, ciel» ne sont remplacés que par un seul mot : «air»).

Lors d’un workshop avec Etienne Mineur et Anette Lenz, édition experimentale digital + papier.

Accéder au texte traduit en novlangue

 

[english version]

The newspeak, concept invented by Georges Orwell in « 1984 », is an impoverishment of the vocabulary, created in order to prevent the people from conceiving any rebellion. The book proposed by Dorothée Arnaud and I is an newspeak text-book. A tyrannical handbook. We have to read it with earphones because, at the beginning, some of the words are missing and it’s the voice who will fill the blanks, forcing us to read at its pace. Pictograms of these words, made up of reactive ink, appear as the voice reads.


This edition is a translation of the poem « The Condemned Man » by Jean Genêt, from French to newspeak. Genêt wrote this poem in prison, for his lover, so it’s filled with words and concepts absolutely prohibited. The poem, translated in newspeak, which aims at shutting up all those « crimethink » becomes absurd, poor, have no soul (for example, « wind » « hurricane » « storm » « sky » are replaced by one word « air »).

 

 

Écouter l’éducateur lire Le finiêtre


Le Condamné à mort
de Jean Genet

(Extrait)

A la mémoire
de Maurice PILORGE
assassin de vingt ans

Le vent qui roule un cœur sur le pavé des cours,
L’air qui dynarond un organe sur voie.
Un ange qui sanglote accroché dans un arbre,
Un divinêtre qui pluie fixé chez une plante.
La colonne d’azur qu’entortille le marbre
La colonne bleu que fixe la pierre
Font ouvrir dans ma nuit des portes de secours.
Font ouvrir chez ma nuit des portes d’aide.

Un pauvre oiseau qui tombe et le goût de la cendre,
Un pauvre airêtre qui passébas et le sens de la resteplante
Le souvenir d’un œil endormi sur le mur,
Le reste d’un organe dormeur sur le mur.
Et ce poing douloureux qui menace l’azur
Et cet organe inplusemotion qui inbonparler le bleu
Font au creux de ma main ton visage descendre.
Font au creux de mon organe ton organe passébas.

Ce visage plus dur et plus léger qu’un masque,
Cet organe plus dur et plus léger qu’un cachorgane
Et plus lourd à ma main qu’aux doigts du réceleur
Et  pluslourd à mon organe qu’aux organes du inbon.
Le joyau qu’il convoite; il est noyé de pleurs.
La pierre qu’il crimepensée; il est fini de pluie
Il est sombre et féroce, un bouquet vert le casque.
Il est inbon, plante color le cachorgane.

Ton visage est sévère: il est d’un pâtre grec.
Ton organe est inbon : il est d’un actifêtre étranger.
Il reste frémissant aux creux de mes mains closes.
Il être passe-haut aux creux de mes organes fermés.
Ta bouche est d’une morte et tes yeux sont des roses,
Ton organe être d’une finiêtre et tes organes sont des plantes.
Et ton nez d’un archange est peut-être le bec.
Et ton organe d’un divinêtre être l’organe.

Le gel étincelant de ta pudeur méchante
L’inchaud plusclair de ton biensex inbon
Qui poudrait tes cheveux de clairs astres d’acier,
Qui cacher tes organes de clair organeair de pierre.
Qui couronnait ton front des pines du rosier
Qui cacher ton organe des inbons organes de la plante
Quel haut-mal l’a fondu si ton visage chante?
Quel haut inbon l’a fini si ton organe douxparler ?

Dis-moi quel malheur fou fait éclater ton œil
Dis-moi quel reste inbon faire finir ton organe
D’un désespoir si haut que la douleur farouche,
D’un indoubleplusemotion que la plusemotion inbon,
Affolée, en personne, orne ta ronde bouche
Inplusemotion, en être, couvrir ton organe rond.
Malgré tes pleurs glacés, d’un sourire de deuil?
Tes pluies inchaud, d’un plusemotion de fini?

Ne chante pas ce soir les « Costauds de la Lune »!
Indouxparle cette nuit les pluscorps organeair »!
Gamin d’or sois plutôt princesse d’une tour
Pré-être de pluscolor être mieux êtrhaut d’une maison
Rêvant mélancolique à notre pauvre amour;
dormir inbon à notre pauvre amour;
Ou sois le mousse blond qui veille à la grand’hune.
Être le merêtre color qui indormir en haut.

Et descend vers le soir pour chanter sur le pont
Et passébas chez la nuit pour douxparler sur le passé-eau
Parmi les matelots à genoux et nus tête
Chez les merêtre passébas et organes incachés
L’ave maris stella. Chaque marin tient prête
Sacréparler. Chaque merêtre tenir crimesex.
Sa verge qui bondit dans sa main de fripon.

Et c’est pour t’emmancher, beau mousse d’aventure
Et c’est crimesex, bon merêtre de crimepensée
Qu’ils bandent sous leur froc les matelots musclés.
Qu’ils crimesex les merêtre pluscorps
Mon Amour, mon Amour, voleras-tu les clés
amour amour crimaction les clés
Qui m’ouvriront ce ciel où tremble la mature
Qui ouvrir à moi cet air où passe-haut la boutmaisonmer

Mars 2011

 

 

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *